SIDA : la discrimination des personnes séropositives demeure

SIDA : la discrimination des personnes séropositives demeure

Grâce aux progrès de la Médecine, l’espérance de vie d’une personne séropositive sous traitement a désormais considérablement augmenté et son risque de contamination, fortement diminué. Malheureusement, la discrimination des personnes atteintes du virus du SIDA est toujours très forte. Les réactions d’exclusion, voire de haine, sont aussi virulentes aujourd’hui que dans les années 1990. Pourquoi ?

Le VIH continue de provoquer des réactions irrationnelles, comme l’explique le psychiatre et psychanaliste Serge Hefez, dans l’épisode dédié à ce sujet de l’émission Le Monde en Face, diffusé le 26 mars dernier sur France 5 : « Le mot SIDA fait toujours aussi peur. Il est toujours aussi stigmatisant, alors que l’épidémie en elle-même n’a plus rien à voir. […] Le SIDA suscite des peurs irrationnelles. Pourquoi ? Parce que cela a à voir avec la sexualité, avec certains groupes, avec la marginalité. » Y compris au sein de la communauté LGBT, plus sensibilisée et tolérante que le grand public, la discrimination et le rejet des séropositifs et séropositives sont une réalité.

L’ignorance à propos du SIDA continue de régner

40 ans après le début de l’épidémie, l’ignorance au sujet du VIH persiste. Beaucoup de gens croient toujours qu’ils risquent une contamination par la transpiration, par piqûre de moustique, en buvant dans le même verre, ou en utilisant les mêmes toilettes qu’une personne séropositive, comme le démontre le documentaire édifiant « Séropositifs, le virus de la discrimination » récemment diffusé sur France 5. D’autre part, l’existence de la PREP, à prendre pour se protéger avant un rapport sexuel potentiellement contaminant, est encore largement méconnue, y compris au sein de la communauté LGBT.

Or, sur la question des risques de contamination pour une personne séropositive et sous traitement, le message de Florence Thune, Directrice Générale de Sidaction, est très clair : « Une personne séropositive qui est aujourd’hui sous traitement et dont la charge virale est indétectable, ne peut pas transmettre le VIH. Très concrètement, cela veut dire que si vous êtes sous traitement et que votre charge virale est indétectable, vous pouvez avoir des rapports sexuels sans préservatif. » Le problème, c’est que cette nouvelle réalité est ignorée de la plupart des gens, laissant place à tous les fantasmes, préjugés et idées reçues.

Les personnes séropositives n’existent pas dans les fictions

De nos jours, pour faire évoluer l’opinion publique et les comportements dans la réalité sur un sujet, rien de mieux que de le traiter en images dans les fictions que tout le monde regarde. Alors que le sexe hétéro-normé et la drogue sont omniprésents sur nos écrans, alors même que l’homosexualité et la communauté LGBT commencent à peine à être représentés dans les films et séries, où sont passés les personnages séropositifs ? À croire qu’aux yeux des scénaristes, réalisateurs et producteurs, un protagoniste atteint du VIH serait bien plus effrayant à montrer que tous les monstres, psychopathes, extra-terrestres, robots, criminels et autres zombies qui inondent la fiction.

Depuis « Philadelphia » en 1994, avec Tom Hanks et Denzel Washington, « Dallas Buyers Club » en 2014, avec Matthew McConaughey et malgré le récent succès de « 120 battements par minute », élu Grand Prix du Festival de Cannes 2017 et Meilleur film français de l’année aux Césars 2018, le SIDA est quasiment invisible dans les salles de cinéma et sur petit écran. Au-delà d’un film « choc » par décennie, mettant en scène des malades dans les années 1980-1990, les consciences évolueraient davantage quant à la discrimination des personnes séropositives si apparaissaient plus régulièrement des personnages contemporains atteints du VIH, surtout dans les séries et films quotidiens dont le SIDA n’est pas le thème principal.

Une discrimination omniprésente des séropositifs, jusque chez le médecin et sur les sites de rencontres

La discrimination des porteurs du VIH est omniprésente dans leur vie, jusque dans un domaine où elle ne devrait pas exister : chez le médecin ! En effet, de nombreux témoignages de personnes séropositives attestent d’un refus de prise en charge ou d’un report systématique de rendez-vous pratiqué par certains généralistes, dentistes, chirurgiens, gynécologues et autres garants du Serment d’Hippocrate. Ce n’est heureusement pas une généralité, mais ce constat est d’autant plus grave que pour une personne atteinte du SIDA, exclue de toute part dans sa vie sociale, professionnelle et familiale, l’absence de jugement et la bienveillance du médecin est souvent l’un des derniers refuges.

Quant à la vie affective des séropositifs, la réalité de l’exclusion est cruelle. Pourtant, l’évolution des traitements et des outils de prévention permet à présent aux personnes séropositives de mener une vie amoureuse normale et une sexualité protégée. Hélas, sur un site de rencontres, annoncer que vous êtes atteint du VIH est presque automatiquement synonyme d’exclusion et d’insultes. Même en expliquant que vous êtes sous traitement, que vous prenez toutes vos précautions pour ne prendre aucun risque de contamination, la discussion est souvent terminée avant d’avoir commencé. Sur les applications de rencontres LGBT, par exemple, de plus en plus d’utilisateurs affichent clairement leur refus catégorique de rencontrer quelqu’un de séropositif.

Du virus biologique à la maladie des consciences

À force d’être rejetée, une personne qui a eu l’honnêteté et le courage d’informer les autres de sa séropositivité est sanctionnée d’une double peine et peut en venir à regretter de ne pas l’avoir dissimulée, de ne pas avoir menti ! Le problème est l’ignorance majeure répandue à propos du SIDA, des traitements, des outils de prévention et surtout, à propos de la vie des personnes séropositives aujourd’hui. Plusieurs sujets tabous de la Société sont encore associés aux porteurs du VIH : la mort et sa transmission par contamination, la sexualité et la peur des différences d’orientations sexuelles, la potentielle consommation de drogues.

En attendant, le virus est toujours là. Celles et ceux qui l’ont contracté pourraient vivre avec tout à fait normalement, grâce à l’efficacité des traitements, si les gens cessaient de leur refuser le droit d’exister. Alors que la trithérapie et les nouveaux outils de prévention sont en train de faire reculer le SIDA d’un point de vue médical, il faut maintenant s’attaquer au virus des consciences et des comportements à l’égard des personnes séropositives. Au 21ème siècle, la discrimination des séropositifs doit cesser.

 

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